Le monde singulier d’Iris Miranda

par Marie-Dominique Nivière, conservatrice au Musée des Beaux-Arts d’Agen.
Exposition « Estampes » avec Pierre Cambon en 2015.

 

Née en 1979 à Grasse, d’une famille de paysans et d’artistes, Iris Miranda a connu dans la ferme de ses parents, une enfance en liberté et une curiosité sans borne pour la nature.

Le souvenir des jours d’enfance heureux à la campagne, les vagabondages et rêveries dans la nature, l’émerveillement devant les planches gravées des livres de sciences naturelles qu’elle se plaisait à feuilleter ont construit son langage pictural et son monde.

Et c’est tout naturellement qu’elle s’oriente vers la gravure en s’inscrivant à l’Ecole d’art de La Cambre à Bruxelles, d’où elle sort diplômée en 2004. Elle vit et travaille maintenant près de Port-Sainte-Marie dans le Lot-et-Garonne.

Les gravures d’Iris Miranda fascinent parce qu’elles renvoient à une représentation minutieuse et poétique d’un monde réel, peuplé d’humains et de petits animaux qui captent notre regard. Légères et graves, ses œuvres restent pourtant insaisissables, gardant leur part d’imaginaire, de mystère et d’ombre.

« Il me plaît, dit-elle, que ces images comportent une part énigmatique qui reste entière, inépuisable… »

Dans son univers, personnages et animaux cohabitent au sein d’un monde harmonieux, profondément silencieux, mais semblent pourtant partager une même interrogation. Laquelle ? La nature d’Iris Miranda est un microcosme proche, intime, peuplé d’êtres vivants, calmes, en observation, en réflexion, partis sans doute à la découverte du sens profond et caché de leur existence.

Ce monde fantastique des herbes et des champs, est passé au noir et au blanc par le choix de l’artiste. ll en devient plus mystérieux, moins bavard que lorsqu’il était coloré. Il y gagne ainsi en expressivité sans que l’on comprenne tout à fait ce qu’il murmure, nous laissant simplement ressentir, deviner les secrètes relations entre les êtres vivants.

Parfois il arrive que les personnages (souvent des femmes qui ressemblent à l’artiste), dans des histoires sans paroles, s’expriment, mais de leurs bouches sortent des poissons qui eux-mêmes semblent avoir des choses à se dire…

La feuille de papier est pleine, dense de noirs profonds, habitée de tendresse et d’interrogations silencieuses. Elle est accueillante et ressemble à un refuge : environnement à la fois paisible et vivant de l’herbe où l’on s’est allongé, tiédeur des couvertures et du sommeil qui dessine des arabesques enveloppantes.

Du côté de l’ombre, les bois gravés Aiguillon ou Faune et flore, Au temps en emporte, (réminiscences des écorchés des anciennes planches d’anatomie), se sustentent de la sève de la terre, du miel des abeilles, dans un réseau de veines/racines nourricières qui emmène dans un même élan, de la terre jusqu’aux nuées, celui de l’éternel et fluide recommencement de la vie.

Je ne distingue plus le monde de moi-même,

Je suis l’ample feuillage et les rameaux flottants,

Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles

Et l’herbe des fossés où soudain je m’affale

Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.

Emile Verhaeren, La multiple splendeur, 1906

(extrait du poème Ma Maison)